1

Institut Périchorèse - Atelier d'iconographie

 

accueil

En silence dans les rides

Instantané du Carnet web - 16 janvier 2013

 

.

 

 

Photo par Forster Forest Photo - sur le site 123rf

 

Aujourd'hui 16 janvier 2013, un de mes correspondants facebook a publié une poésie de sainte Thérèse de Lisieux dont on trouvera le texte ci-contre.  Suite à cette publication, un autre mes correspondants, Normand Décary-Charpentier a partagé une brève, mais lumineuse réflexion sur les effets de la prière de l'Office divin.  Dans le dialogue qui suit,  Normand est et je suis


Rappelle-toi que souvent les collines

Tu gravissais au coucher du soleil

Rappelle-toi tes oraisons divines

Tes chants d'amour à l'heure du sommeil

Ta prière, ô mon Dieu,

Je l'offre avec délice

Pendant mes oraisons,

Et puis au saint Office

Là tout près de ton cœur

Je chante avec bonheur:

Rappelle-toi.

 

 

Sainte Thérèse de Lisieux (1895). Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi (Poésie 24). Sur le site lecarmel.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

---------------- ----------------

Voici le dialogue

 

  Heureux celui qui chante le saint Office toute sa vie, car à un âge avancé il se souviendra de ce qu'il faisait à 20 ans dans l'aube naissante, il se souviendra qu'avec des milliers de moines et moniales partout dans le monde, avec des milliers de mamans et de papas dans la cathédrale de leur cuisine, ils chantaient avec plus ou moins de présence l'amour de Dieu.  Maintenant qu'il a 80 ans, la semence de foi a grandi et les oiseaux du ciel viennent faire leur nid en silence dans ses rides en faisant lever en son cœur les lueurs de la joie que rien ne peut ravir, ni la mort, ni la maladie, ni l'abandon.  Il est toujours temps de gravir les collines et de chanter l'amour de Dieu dans ce monde qui semble crier le contraire.

 

  "Cathédrale de leur cuisine", c'est inspirant ça. Je partage aussi l'idée d'une semence qui remontera en son temps et suivant les besoins futurs de l'âme et du corps. J'ai abondamment porté cette réflexion quand j'ai accompagné papa dans ses dernières années.  Il était lourdement affecté par l'Alzheimer. C'est un très beau texte que tu viens de partager ici, merci.

 

* * *

 

  Il y a quelques jours, j'ai commencé un nouveau type de publications sur le site de Périchorèse que j'appelle des Instantanés [et...], soucieuse de discrétion, je n'ai pas identifié mes interlocuteurs.  Pour aujourd'hui, j'aimerais partir du commentaire que tu viens de faire suite au 'post' de R. sur Thérèse de Lisieux (l'Office et la vieillesse) et cette fois j'aimerais bien te donner le crédit de cette lumineuse parole que tu nous as partagée.  Me permets-tu de te nommer ou préfères-tu que je garde cette perle anonyme ?

 

  Il n'en tient qu'à ton cœur, le mien l'ignore ! Je ne crains pas la place publique lorsque je chante mon amour de Dieu...

 

 

 

 

J'ai déjà parlé dans un billet du carnet web des dernières heures de mon père, Roger, et de l'expérience spirituelle que j'avais alors eu la grâce de vivre.  Avant ce dernier bout de route, il y a eu des années de présence et d'absence, de conscientisation progressive et de dénis, de culpabilité et de pardon et, par dessus tout, de ces petits moments de grâce parsemant une route caillouteuse comme autant de fleurs rares, fragiles et infiniment précieuses.  

 

Quand papa était au CHSLD, je me surprenais souvent à m'imaginer finir mes jours dans un tel endroit et dans un tel état.  Je faisais front à cet imaginaire, j'entrais dedans, aménageant d'avance ces espaces intérieurs et extérieurs.  Je me demandais, sur le modèle de la question "Qu'apporteriez-vous sur une île déserte ?", ce que j'aimerais avoir avec moi quand il ne me restera plus qu'un inconscient lâché lousse, quand ma cognition et mes autres facultés conscientes se seront échappées.  Ou même avec encore mes facultés, bien qu'affaiblies et habitant un corps devenu presque certainement totalement dépendant.  C'était un scénario-catastrophe, mais dont l'exercice fut fécond car j'ai vraiment pu nommer mes symboles les plus forts et, à travers eux, prendre conscience de mes essentiels.

 

Dans cette construction imaginaire, donc, j'apportais d'abord la vieille statue du Sacré-Coeur qui me vient de mon grand-père Noël et dont le visage, ai-je découvert par la suite, est calqué sur celui du Saint-Suaire de Turin.  En deuxième, ou en premier plutôt, j'apportais justement mon petit carré de bois portant l'image de la Sainte-Face dont j'ai parlé dans le texte sur papa mentionné plus haut . S'ajoutait à cela une icône de Marie, et, si je pouvais en choisir une autre, ce serait celle regroupant les icônes des Fêtes dans un format suffisamment grand pour je puisse en distinguer les détails.  Mon quasi-avant-dernier et indispensable objet était la Prière du temps présent, l'Office divin que je garde avec moi depuis que je l'ai reçu en cadeau d'un prêtre à l'âge de 18 ans, au moment de mon retour à la foi et à l'Église.  En 2011, au moment de mon jeu imaginaire au CHSLD, je récitais l'Office soir et matin et j'y trouvais un exutoire à la souffrance qui m'habitait, incluant un espace pour la colère.  La prière dans l'Esprit et en communion avec l'Église lovée dans le monde créait une ouverture vers le haut qui m'apportait l'air et la lumière dont j'avais alors terriblement besoin.  Et, pour finir, j'ajoutais le chapelet et la Bible.

 

Entourée de ces symboles, me disais-je, j'aurai un espace transitionnel qui me permettra de traverser ce long passage de désert physique et psychique accompagnée de l'essentiel : le Christ-Jésus, la Mère de Dieu et la prière.  Poursuivant ma fantaisie, je me demandais pourquoi donc apporter avec moi l'Office que j'avais huit chances sur dix de ne plus pouvoir lire ? Et c'est là que l'idée apportée plus haut par Normand a pris racine  et s'est élevée en moi comme une joyeuse certitude prenant la forme d'un grand arbre capable de porter ses fruits même s'il ne le sait pas, même s'il ne les voit plus :

 

 

"Maintenant qu'il a 80 ans, la semence de foi a grandi et les oiseaux du ciel viennent faire leur nid en silence dans ses rides en faisant lever en son cœur les lueurs de la joie que rien ne peut ravir...."

 

 

 

 

par Michèle Lévesque

théologienne et iconographe

en dialogue avec

Normand Décary-Charpentier

2013-01-16

Sainte Marie-l'Égyptienne Icône russe contemporaine

.

 

Carnet web