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Institut Périchorèse - Atelier d'iconographie

 

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Le dernier plafond

Instantané du Carnet web - 1er avril 2013

 

 

 

 

Le jour de Pâques, dimanche 31 mars 2013, Stéphane Laporte a publié un article intitulé "Sacré congé" dans le journal La Presse.ca.  Le lendemain, lundi de Pâques 1er avril, j'ai publié cet article dans ma page Facebook (FB) personnelle.  Cette publication a donné lieu à l'échange suivant avec Normand Décary-Charpentier et un autre intervenant.  Un extrait de l'article de Laporte a également fait l'objet de la Pensée du jour du 1er avril 2013. 

 

Dans le dialogue qui suit,  Normand est , un intervenant anonyme est et je suis .

 

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  Ça remet les pendules et les cloches à l'heure ! [mot qui accompagnait le partage de cette publication sur ma page FB].

 

   Il [Laporte] substitue la fête du passage de la mort à la vie, au passage que le vieux ouvrent aux jeunes... mais ce passage mène les jeunes à la vieillesse et les vieux au cimetière.  La Pâque chocolat a plus de sens que sa pâque tombeau... avant d'enterrer les vieux, donnons leur une petite journée de reconnaissance.  Laporte avec son ton moralisateur n'apporte aucune espérance à ce monde recouvert d'un linceul.

 

  Il donne au moins un sens humain, ce que la grande majorité des gens ne fait pas.  C'était le but, je pense.  Je n'ai pas senti qu'il jouait les vieux à la baisse, j'y vois plutôt un effort pour redonner du sens au mot [à l'idée de] passage, d'une part, et un rappel pour dire que les vieux existent aussi.  Ce n'est pas l'idéal, mais il pose au moins la question des congés Cadbury et de l'oubli des vieux sous prétexte qu'on a pas le temps.

 

   Il soulève les contradictions des autres, pourquoi ne pas montrer ses contradictions dans son discours dont le fond est une morale laïque et la forme un discours séduisant qui n'a que faire de la Pâques, sinon s'en servir pour avoir quelque chose à dire pour son papier.  Le ciel est couvert d'un linceul et la lumière de la résurrection fait ombre à toutes les lumières de ce monde... tout autant qu'à la lumière du soleil... ce n'est pas un passage pour tuer le temps qui s'ouvre, ni un passage pour se consoler de la vieillesse qui vient, c'est un passage étroit que seule la foi peut donner à voir...

 

   Ce que je comprends, c'est que cette manière de Laporte de tenter de donner un sens laïc à la plus grande fête chrétienne qui soit est un peu comme un rapt, une réappropriation grossière de ce qui fait tellement de sens pour nous chrétien(ne)s car c'est le cœur de notre foi, sa vitalité même.  Un peu comme si je déposais une poupée dans les bras d'une femme qui vient de perdre son enfant (c'est l'image qui me vient), geste auquel elle réagirait, avec raison, en disant que ça n'a vraiment rien à voir.  Elle aurait raison, oui, car vraiment, rien de comparable.  Mais elle pourrait aussi voir une intention bonne, possiblement bonne, derrière ce geste.  Il est aussi possible que la personne qui lui donne la poupée le fasse pour s'en débarrasser ou pire pour la ridiculiser.  Mais il est possible qu'elle soit bien intentionnée. C'est ce que je fais avec Laporte.  Il resitue le sens étymologique, au minimum, de la Pâques comme passage.  C'est peu, très peu, je te l'accorde. Mais c'est mieux que d'oublier complètement d'où ça vient.  L'autre option est de supprimer complètement les congés dits "de Pâques" et de les déplacer au 21 mars pour souligner l'arrivée du printemps.  Si on garde le congé, autant lui donner une chance de ne pas perdre complètement ses racines dans l'oubli.  Comme une braise - et qui sait quand quelqu'un d'autre, dans des temps différents, au futur, soufflera sur cette petite chose un peu froide, mais pas complètement, pour lui redonner vie, rappeler et revivifier son sens premier dans l'esprit de ses contemporains ?

 

   Il n'est pas nécessaire de supprimer la fête de Pâques car plusieurs personnes la vivent en chrétiens.  La laisser là pour ces personnes, un bon pourcentage de la population du Québec, quand même [la moitié des citoyens, dit Laporte], et que les autres en fasse un congé à leur façon.

 

  Je parlais d'une fête du 21 mars pour dire que au moins, ça ferait sens, un temps de fête, de retrouvailles - Laporte n'a pas parlé d'abolir la fête de Pâques pour revenir aux fêtes païennes, mais simplement de donner un sens à ces jours vécus dans le vide.  Il dit que Noël a perdu beaucoup de son sens religieux, on sait juste que c'est la fête du petit Jésus, et encore, mais au moins, elle est l'occasion de retrouvailles, de réunion avec les enfants et les proches, un temps où l'idée d'amour, avec des gestes qui vont en ce sens, est ramenée en vedette.  Il dit seulement de ne pas gaspiller cette fête de Pâques, c'est ce que j'ai compris en tout cas, et de profiter de ces jours sans obligation de travail, pour visiter nos vieux, d'en faire une fête célébrant les passages, car c'est là l'étymologie de 'pâques',  pour qu'au moins ces jours soient une occasion de vivre quelque chose d'humain.

 

  Je comprends, mais Pâques doit rester Pâques, la fête chrétienne qu'elle est.

 

  Je suis d'accord.  Mais il est aussi vital de lui donner un sens culturel, une signification qui parle aux gens qui ne croient pas.  Est-ce mieux cela que rien du tout et risquer de disparaître dans le rien, le vide, noyé dans le chocolat ?  Éteindre la braise plutôt que d'espérer qu'elle puisse se ranimer à un moment donné ?  Si les chrétiens et les chrétiennes vivaient vraiment Pâques, peut-être que ça donnerait à d'autres le goût d'entrer dans la fête. 

 

  [C]'est à nous qui croyons à la résurrection qui nous apporte tant de bonheur de le partager dans ce monde sans espérance... il n'y a qu'une bière sans chocolat au bout du chemin... et cela fait en sorte que plusieurs renoncent à aimer à la folie afin de profiter de la vie avant de mourir en oubliant tous les autres qui ne possèdent même pas les moyens d'en profiter.... Je te dirais que je ne juge en rien l'intention de Laporte, mais je sais que lorsqu'il fermera les paupières et que ce sera le dernier plafond qu'il verra, il dira merci à ceux qui lui ont dit d'espérer de n'avoir aucune crainte à ce moment, le Ressuscité est là pour ceux qui se tournent vers lui, sa lumière est plus brillante que les ténèbres... Si l'intention de Laporte est bonne, la mienne tout autant, elle est brûlante d'amour pour maintenant et à l'heure de la mort... comme nous chante l'Ave Maria pour celui qui sait le dire et le redire pour ne pas oublier qu'il est aimé.

 

  "... lorsqu'il fermera les paupières et que ce sera le dernier plafond qu'il verra, il dira merci à ceux qui lui ont dit d'espérer de n'avoir aucune crainte à ce moment, le Ressuscité est là pour ceux qui se tournent vers lui, sa lumière est plus brillante que les ténèbres..."  C'est très beau.  Et c'est là l'essentiel, c'est pour cela que nous sommes là, pour rappeler qu'il n'y a pas de dernier plafond.  Ça me rappelle un rêve horrible que j'avais fait il y a de cela plusieurs années.  J'avançais à la suite de quelqu'un dans une sorte de tunnel qui montait.  Je pense que j'étais en confiance parce que ça montait, mais nous sommes arrivés à un cul-de-sac et celui qui me précédait a disparu en haussant les épaules d'impuissance.  J'étais totalement plafonnée, c'est le cas de le dire, et je ne savais pas si je pourrais revenir car c'était tellement étroit, étreignant, écrasant.  Je garde cette riche expression que tu as (dernier plafond) pour me rappeler que si le guide est bon, aucun plafond n'a à être le dernier. - - Pour revenir à Laporte, je ne sais pas ce qui en est de son espérance, je n'ai vu dans son article qu'un effort pour qu'au moins ces journées de Pâques ne soient pas complètement vides et ça faisait du sens pour moi car si on prend du temps pour les vieux, c'est pour Dieu qu'on le prend (Mt 25, 31-46) et en, ce sens, le fruit profond du geste reviendra se déposer sur les épaules, dans le cœur et les mains de ceux et celles qui auront profité de ce temps pour aimer leurs proches ou des moins proches dont, le plus souvent, plus personne ne veut. Juste cela. Tout cela.

 

  L'amour est si exigeant pour être vraiment de l'amour qu'il demeure important d'être vigilant pour ne pas se laisser infiltrer par des approximatifs et garder la paix de Celui qui nous mène vers l'amour véritable, le chemin étroit sans plafond, la croix de Jésus, bien ouverte sur le ciel , là où l'on peut crier de tout notre coeur "Père, Père pourquoi m'as-tu abandonné ?"  Pour ce qui est de M. Laporte, je ne veux d'aucune manière le juger en tant que personne, mais je veux simplement garder mon droit de savoir ce qu'est l'amour en vérité.

 

 

Michèle Lévesque, théologienne et iconographe

et Normand Décary-Charpentier, théologien et poète

 

 

Lundi de Pâques, 1er avril 2013

 

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